Positivisme

Publié le par Pfiffer

Le positivisme en matière juridique est souvent présenté comme une avancée, un progrès. En tout cas, il est présenté ainsi dans notre système universitaire. Ah, la rationnalité, Descartes, les Lumières opposés à l'obscurantisme, aux ordalies, à une casuistique présentée comme arbitraire. Ah, comme cela est beau !
J'y est donc toujours souscrit : le droit positif, c'est bien ! Là est le seul rempart contre tout arbitraire.
Enfin, depuis quelque temps, je dois bien confesser que je commence à nourrir de sérieux doutes. La loi sert petit à petit d'unique morale à notre cité, soumise aux enjeux de l'émotion, des lobbys et d'une majorité parfois de circonstances. Et quand certaines voix s'élèvent au nom des vertus et de la morale, il est toujours un discours -le plus facile à notre époque- pour crier à l'ordre moral... Ce qui soit-dit en passant n'est qu'un ordre moral à l'envers.

Avec la morale, avec la notion même de vertu, la vertu de justice disparaît elle aussi lentement mais sûrement au profit d'un positivisme achevé qui fait du bien le mal et du mal le bien, simplement parce que la loi le dit.

Sans entrer dans un débat complexe, l'avortement ou IVG est un débat à fort enjeu philosophique et moral. Il serait donc idiot d'essayer en quelques lignes de le traiter ici. En revanche, il permet d'illustrer la limite du positivisme.

Pour caricaturer, l'avortement, pendant très longtemps, c'était mal.
Par exemple, en 1960 encore, les prostituées refusaient dans les cours de prison de parler avec les 'faiseuses d'ange' ! Qui peut le concevoir aujourd'hui...
De nombreux débats et bien des années après, c'est devenu permis.
Quelques débats et quelques années de plus ont porté la dépénalisation au rang de 'droit' (en tout cas dans les médias car la loi ne dit pas cela).
Aujourd'hui, c'est celui qui ne vénère pas comme une idole cet édifice législatif et qui ose introduire quelques remarques ou observations sur ce 'droit' qui passe pour le pécheur dans le corps social.

Ce chemin parcouru du mal au bien par le fait de la loi, des lobbys, des revendications et des remontées du corps social peut demain (après après demain, plutôt...) être parcouru en sens inverse. Sauf à croire comme le faisaient les grandes idéologies nées au 19ème et épanouies au 20ème siècle que l'homme court toujours plus avant vers un monde de progrès et que le retour en arrière n'est pas possible ou simple accident conjoncturel.

Pourtant, certaines personnes continuent à croire que cela est moralement condamnable sans être pour autant des affreux méchants-pas beaux-Saint-Louis.jpgsûrement extrêmistes. Même s'ils ne nient pas la 'détresse' possible de la femme face à une grossesse non désirée, ils s'attachent souvent à une seule question. Quelle est la nature des cellules détruites par l'acte médical nommé IVG ?

De cette réponse, ils tirent une réponse morale. Celle-là même que la loi, dans un système positiviste, entend nécessairement remplacer, sans y parvenir.

Nous voilà désormais avec des lois qui disent la morale, qui disent la vertu et qui peuvent sembler injustes à une partie du corps social. Vous me direz : voilà qui n'est pas nouveau ! Pensons à Antigone et Créon.

Hasard des lectures, je n'ai pas rencontré Antigone, mais je tiens enfin l'aphorisme qui me manquait pour traduire ce trouble, ce doute face au positivisme juridique.

"Avant qu'il y eut des lois faites, il y avait des rapports de justice possibles, dire qu'il n'y a de juste ni d'injuste que ce qu'ordonnent ou défendent des lois positives,  c'est dire qu'on eut tracé le cercle dont tous les rayons n'étaient pas égaux."

MONTESQUIEU (Esprit des Lois I-1)

Ca ne remonte pas à hier.
Peut-être qu'en route vers la Perse, il rencontra un Pikkendorff...

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